Si, en Bretagne, nous parlons de quatre saisons par jour, tant la météo est changeante, en Méditerranée nous avons quatre vents par jour. Dans un article précédent, j'avais évoqué le caractère
changeant des vents étésiens de cette année. Durant ce cabotage sur le rivage camargais, je l'ai vérifié in-situ.
La direction était vague, la durée accordée à ce cabotage était fixe, indépassable. Vers l'est, était notre but. Les vents allaient décider du reste.
Les vents marins sont régulièrement de mise cet été. Ces vents ont une fâcheuse tendance à lever la mer, lui offrir une houle courte de 0.5 à 1.5 mètres. Ces vents de secteur sud (SE ou SO) sont
assez peu violents mais suffisent à créer une mer cabossée comme un chemin de vigne, où un voilier de peu de longueur à la flottaison comme Valentin brise sa vitesse, péniblement obtenue par
force 2/3.
Alors, on s'adapte. On barre à la vague en tentant de gonfler les voiles et le cap se fait tout seul... et on prend ce qui vient pour faire escale. C'est ainsi qu'en choisissant l'est comme
direction générale, la Camargue s'est imposée d'elle même.
Faut laisser faire un peu les choses, se laisser guider par les flots, le vent et faire confiance. Il faut rester vigilant, néanmoins, sur la bonne marche du voilier, savoir apprécier la
situation météorologique, s'immiscer dans la complicité des éléments et réagir avec son instinct d'humain, découvrir que celui ci ne trahit pas s'il est en harmonie et en intelligence avec son
environnement marin. A ce stade, le désagrément d'une route cabossée est vite compensé par la satisfaction d'être, pleinement, à sa place...
Le golfe d'Aigues Mortes est réputé pour sa multitude de vents locaux. Nous en avons testé quelques un. Un gros et violent grain orageux a bien failli nous surprendre. Palavas était dans
l'étrave, fort heureusement et ce port sans charme fut un bon abri malgré bien des difficultés à pénétrer dans la passe, avec une mer creuse et un vent forcissant contre nous. L'appui du petit
6cv de Valentin fut tout juste suffisant... Les vents hiératiques et fantaisistes du golfe nous ont tout de même permis de jolies découvertes. Le Grau du Roi sera désormais classé, dans ma
mémoire, dans ce que compte le golfe du Lion comme escales de charme, avec Collioure, La pointe Courte de Séte. Je reviendrai avec un article dédié, à ce port camargais.
Aigues Mortes, bien connue et appréciée, est toute fidèle à elle même. Petit joyau d'histoire, au faux air d'un Saint Malo méditerranéen,très fréquentée l'été, je vous la conseille comme escale
de demi saison.
Excellente surprise nautique fut Port Camargue. Ici, pas de vieilles pierres, l'histoire a commencé il y a 40 ans et s'est faite sur les marécages. Ce qui fait toute la particularité de ce port
est d'être entièrement tournée vers la mer et le nautisme. Arriver à Port Camargue à la voile est très étonnant. Un trafic incessant, de 7 heures du matin à plus de 22 heures le soir, encombre la
passe et l'avant port. Tout ce qui flotte a rendez vous ici, du jet ski à la goélette, en passant par les modèles les plus récents de la voile sportive et d'immenses cabin-cruisers.
Impressionnant. L'accueil est remarquable de la part de la capitainerie et commence dés l'avant port, qui, remarquant votre entrée timorée et hésitante, un employé de la capitainerie vous repère
et vous guide depuis son zodiac. Celui ci vous amarre votre bateau avec autant d'aisance que de politesse. Je n'avais pas vu ça dans un tel port depuis la Corogne, en Galice. Port Camargue est
très boisé, aux habitations basses réparties en îlots où les jardin servent d'appontement aux 4000 bateaux qui trouvent place dans ce port. Malgré cela, tout semble tranquille, à cent lieues de
ce que l'on pourrait attendre d'une telle marina, surtout si l'on connait le Port des Minimes de La Rochelle et son ambiance « parking de carrefour »...
Port Camargue est port pilote pour le Languedoc de l'opération Ports Propres. La gestion y est exemplaire. C'est aussi un port, qui dans sa politique économique, privilégie les bateaux actifs
plutôt que « les ventouses » qui encombrent nos pontons. Puissent, un jour, nos ports s'inspirer de telles initiatives.
Notre limite Est fut Port Gardian, aux Saintes Maries de la Mer. Vieux petit port encombré, où l'on s'amarre sur pendille, système d'amarrage que l'on ne rencontre qu'en Méditerranée. Il s'agit
d'une grosse chaîne immergée parallèlement aux pontons (la chaîne mère) d'où partent, à distances égales correspondantes aux emplacements, des chaînes que l'on hisse au niveau de nos taquets,
avant ou arrière (les chaînes filles). Taquets faiblards s'abstenir, tant la pression sur ceux ci est forte. L'idéal est de passer le bout permettant de remonter la chaîne fille, par le davier et
de frapper à la bite de la plage avant. Quand c'est possible, bien entendu...
Les Saintes Maries sont bien connues pour les pèlerinages gitans. Ceux ci ont lieu au printemps et en automne. L'été, les saintes maries de la mer se transforment en foire à touriste de masse, où
des gitans d'opérette caricaturent ce que le touriste vient chercher. Peu d'intérêt...
Je voulais reconnaître ce port car, depuis Agde, les Saintes sont la seule escale entre le golfe d'Aigues Mortes et l'embouchure du Rhône, sur la route menant à Marseille.
Nous revînmes d'une traite à Sète. Nous passâmes les ponts après une nuit très agitée par le passage des chalutiers, dans la zone d'accueil pour la plaisance. Mais Sète est si charmante...
Quelques heures d'amarrage à la pointe courte et nous traversâmes l'étang de Thau.
Fatigués et ravis, avec ce mal de terre qui rend le plancher des vaches anachronique et fiche une mélancolie toute bleue... Bleu comme ce royaume de mer et de vent qui nous a, une fois de plus si
chaleureusement accueilli.