Mercredi 6 mai 2009
 

Selon les philosophes, l'amitié est ce sentiment que nous éprouvons à la fréquentation d'une personne, lorsque cette fréquentation nous donne l'impression d'un supplément d'être, de mieux être, face à l'existence. En somme, un ami nous permet de vivre mieux, en plus grande confiance avec nous même.

Selon Eric Tabarly, le voilier est le moyen le plus lent, le plus inconfortable, pour aller d'un endroit où l'on est bien à un endroit où l'on a rien à faire. Je pense que ce marin avait parfaitement raison.

 

Si j'évoque ces notions, c'est bien entendu pour expliquer, une fois de plus, pourquoi j'ai un voilier et de quelle manière j'en envisage l'utilisation, ce qu'est le rapport entre cette machine complexe et moi même, machine humaine complexe également.

 

La pratique du bateau à voile se range dans notre société civilisée et bourgeoise, dans la catégorie des loisirs nautiques. La pratique du nautisme, selon toutes les enquêtes (nombreuses) à caractère sociologique, est réservée à la classe moyenne; cadres, professions libérales, entrepreneurs. Après toutes ces années à traîner les pontons je l'ai toujours constaté. A part dans le créneau pêche promenade, peu de plaisanciers d'extraction modeste.

 

Les classes moyennes, très affairées à la marche économique de notre société, ont peu le loisir d'utiliser leur voilier, souvent très bien équipé néanmoins. Depuis quelques années, traîne dans les capitainerie la fourchette de 4 à 10 jours de sortie par an pour ces unités... Le reste du temps, ces voiliers tirent sur leurs amarres.

Certains de ces cadres ont néanmoins la chance, ou l'opportunité, de retrouver plus régulièrement leur bateau. Alors, l'espace d'un week end, sitôt libéré de leur camp de travail, ils partent soulager leur stress et leur hargneuse frustration dans le premier coup de vent venu, tirant sur la barre d'un fougueux près serré, expiant ainsi, dans ces sensations fortes que procure cette allure, l'humeur accumulée dans le rythme violent du labeur. Chaque week end, ils sont quelques uns, très repérables, au ponton comme sur l'eau, à la pointe de l'équipement, excités et nerveux, en régate ou en simple sortie à la journée mais toujours pour en découdre sur l'eau... avec eux même.

 

Ce sont les mêmes, qui la semaine, mènent tambour battant leur voiture de tourisme sur les routes, doublant à coups de klaxon et d'insultes, comme s'il s'agissait d'un circuit et de bolides taillés pour la compétition automobile.

 

Ne voyez pas dans mes propos une espèce de critique creuse ou de jalousie masquée. Si je déplore certains comportements terrestres ou maritimes, je les estime totalement inhérents à notre société.

Et si personnellement, j'ai toujours agi pour éviter la conformité sociale et ses dégâts collatéraux sur mon existence, je confesse en toute honnêteté, avoir bien malgré moi des comportements, parfois, de cet acabit lorsque je me relâche, lâchement...

 

Je n'ai pas un voilier pour quelques heures, pour me vider de mon stress et de ma violence. Stress et violence, je veux les évacuer bien avant de grimper sur le pont de mon bateau.

Appareiller calmement, avec gourmandise et élégance.

Avec un compagnon comme le bateau à voile, il convient d'apprécier la lenteur, d'en profiter même, d'en faire une complice de découverte, de soi et de son environnement. L'inconfort devient un atout pour se connaître physiquement, mentalement. Peu à peu, dans cette rythmique mer-voilier, dans ces calculs combinatoires de caps et de vitesses, dans les caresses du vent et les réveils vivifiants des embruns, cet endroit d'où l'on vient nous l'appréhendons bien différemment et celui, vague, où l'on va n'a que peu d'importance hormis pour la navigation. Des points sur la carte...

Tout l'intérêt est dans la durée qui sépare ces deux points. Tout est là; ce que l'on cherche consciemment ou non, ce que l'on trouve, ce dont on va se souvenir, la raison pour laquelle nous sommes en mer, sur ce voilier, et celle pour laquelle nous allons recommencer. Tout est là et plus encore.

 

Car si l'on oublie l'heure et le lieu du retour, ou si cela est très loin devant, alors vraiment, cette pratique maritime nous emplit d'harmonie et d'un véritable bonheur qui arrache des larmes pures. Naviguer à la voile demande d'indispensables vertus, généralement enfouies en nous. Trouver ce point d'équilibre entre la machine et l'élément magnifie ces vertus. Mener un voilier fait partie de ces rares expériences qui ne se vivent que par la beauté. La beauté du geste, la beauté de l'esprit, la beauté des lignes d'une carène et de ses plans porteurs, la beauté d'une nature sauvage et puissante. Nous menons un voilier, qui nous mène vers le Beau ...

 

Là est la seule et unique chose que je recherche.

Par olivier - Publié dans : journal
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Jeudi 16 avril 2009
 

Si je cumule les deux périodes, celle de Nesta et celle d'Horace, c'est quatre mois de chantier. Quatre mois à meuler, poncer, stratifier, peindre, visser et devisser... Quatre mois d'hiver, où travailler en plein air est laborieux. Quatre mois qui s'achévent peu à peu pour laisser place aux mois gracieux des navigations ensoleillées. Les mois de la récompense des efforts fournis. Souhaitons qu'il en soit ainsi...

 

Ces long mois de chantier et les résultats obtenus ont pû aboutir grâce aux volontés et motivations d'une jeune femme qui partage ma vie depuis dix mois, à présent, et qui a oeuvré avec courage et passion à mes côtés. Ces travaux, qui ont abouti à la renaissance de ces deux bateaux, nous ont permi de mieux nous connaître et de nous apprendre, comme peu d'expériences peuvent le permettre.

Puissent d'autres voiliers nous unir encore...

 

Horace sera à nouveau dans son élément vers la fin du mois. Les derniers travaux, sur le lest, sont sérieux et vont prendre un peu plus de temps que prévu. On sait quand on commence, on sait pas quand on fini....

 

Il est temps. Ma motivation technique diminue tandis que mes envies de naviguer augmentent. Le retour du soleil et des jolies brises n'arrangent rien.

 

Rappel pour les amateurs de voile : Horace est un valeureux sangria de 40 ans (l'age du capitaine...). Gréé en sloop, c'est un courageux et tolérant caboteur semi hauturier aussi adapté à la croisière et aux vagabondages qu'il ne l'est absolument pas pour la course et la vitesse. Un voilier a mener calmement, amicalement, en soignant la météo pour lui éviter les sensations (trop) fortes...

 

Son intérieur est volontairement spartiate, afin qu'il puisse s'adapter au nombre de personne à bord (pas plus de quatre, trois c'est pas mal dans un 26 pieds) et à leurs activités. J'envisage Horace comme une sorte de petit atelier d'artiste-bricoleur flottant, où se mêlent clés à molette, tubes d'acrylique, pinceaux et compas à pointes sèches. Les cartes marines jouxtent le carnet de dessin, la revue technique. Prés du GPS cohabitent Berlioz et Thélonius Monk et l'appareil photo...

 

Je vais soigner son plan de pont pour que chacun puisse participer facilement à la manoeuvre.

 

N'hésitez pas à vous laisser tenter d'embarquer. Je ne demande pas d'argent, juste de la bonne humeur, du savoir vivre, et le goût de partager tout cela....

 

A bientôt

Par olivier - Publié dans : chantier
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Dimanche 22 mars 2009
 

Fichtre. Le temps passe à vive allure lorsque je travaille sur horace.


Qu'est ce que j'apprends? Alain Bashung est mort? Et Sardou est toujours vivant? Si Dieu existe, j'espere qu'il a une bonne excuse.


Je vous propose mon hommage perso, en écoute sur le blog (qui fera plaisir à Dieu, ce facétieux, justement)


Horace en est à sa dernière phase de travaux à terre. Son nouvel aileron de safran est posé et bien fixé. Son mat est révisé, peint et correctement équipé. Sa coque est peinte, rebouchée et contrôlée. Reste le lest à déposer la prochaine semaine. Je suis à la bourre sur les délais, bien entendu. Le temps est magnifique, en ce début de printemps et j'ai hâte d'être sur l'eau. Une petite bande de voileux comence à se former autour d'horace et les projets se dessinent. Des virées à plusieurs, des chantiers environnement se préparent, des croisières côtiéres également ainsi qu'une route vers l'Italie pour la fin de l'été. Ca devient très exitant.


Les Valentins doivent se réaliser impérativement. Ce projet de location de croiseurs côtiers va me permettre une autonomie économique m'évitant l'esclavage moderne du salariat.


Plus de deux millions de personnes dans la rue pour exiger la liberation de Julien COUPAT et pour protester contre l'invisibilité de l'art et pour réhabiliter un anarcho-situationisme nécessaire pour dessiner les beaux lendemains de l'aprés déprimante social-démocratie...

Comment? C'était pas pour ça, tous ces gens dans la rue? C'était pour la poursuite de l'esclavage, du pouvoir (d'achat)? Quelle horreur! J'ai bien fait de rester au chantier avec mon vieux compagnon à voile.


Bashung est parti mais les hirondelles sont revenues. Elles retrouvent leur logement d'été, sous la génoise de la maison d'en face. Agréables voisins.


Avec la saison de voile qui s'annonce, les projets divers et les équipiers d'horace, ce blog où tout le monde va transiter va s'étoffer et décoller un peu plus. Je sélectionne quelques beaux sites à visiter à la voile, de ces sites que préserve le conservatoire du littoral. De jolies photos en perspective...


Je m'impatiente mais nous sommes encore tôt dans la saison et avril peut réserver quelques mauvaises surprises météorologiques. Chaque chose en son temps et veillons à ne pas se précipiter.


En méditerranée, le rythme est d'en faire peu mais tout le temps... Et ça marche. C'est peu rentable, au sens nordiste du terme mais hautement satisfaisant et sans effet secondaire sur la santé. Cela permet également d'avoir des activités différentes dans une journée, avec cette impression d'avoir vécu en double. A pas sûr, à pas lent...


Peu de lecture cet hiver, avec mes histoires de bateaux. J'ai pu, néanmoins, gouter à quelques petites choses qui me trottaient dans le crâne depuis longtemps et c'est avec une envie gourmande que j'ai hâte de m'en repaitre, dés cet été sur horace. Au programme, TOUT Garcia Marquez et TOUT Thélonius Monk. De bons moments sur l'eau, vous dis- je....!


Mais avant tous ces délices estivaux quelques réglages encore. Mais mon copain le soleil est là pour m'encourager, panser mes douleurs et me guider vers cette pensée de midi, chère à Nietzsche et Camus. Les équipiers de ce frêle esquif qu'est mon existence...

Par olivier - Publié dans : journal
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Dimanche 22 février 2009
 

Après bien des péripéties météorologiques et mécaniques, Horace a fini par passer sous le pont qui enjambe l'Hérault et à rejoint le chantier naval Allemand, pour sa cure de jouvance.

La liste des travaux est longue comme le bras et je dispose d'un mois maxi pour les réaliser. Mais j'avance assez bien. Le beau temps de cette semaine m'a permis de travailler sur le flotteur (la coque). Ponçage, masticage des éclats de gel coat, rebouchage des petits trous dans la stratification. J'ai constaté que ce valeureux sangria de quarante ans n'a pas une bulle d'osmose. Bateau Jeanneau, bateau costaud....

Par contre, les boulons du lest lâchent les uns après les autres, bouffés d'électrolyse. Je vais changer ces boulons, après avoir déposer le lest, et repartir avec de bonne anodes soudées.

Je vais également démâter pour un contrôle approfondi des capelages, réas, haubans et sorties de drisses. Je vais en profiter pour changer toutes les manœuvres courantes.

Une jolie peinture va compléter tout ça et c'est un fier esquif qui va reprendre la mer pour un programme intensif. Je lui ai concocté un programme de 3000 milles jusqu'en octobre. On va bien s'amuser...


Évidemment tout ça me prend du temps et le suivi du blog s'en ressent.


Je vais essayer d'ajouter un player en ligne pour vous faire partager quelques uns de mes goûts musicaux. Jiwa et Deezer, où je pioche de bien jolies perles musicales, proposent des solutions de partage de musique. Je vais tenter de bidouiller quelque chose....


Un nouvel album photos, pour suivre les travaux d'Horace est disponible. Je vais le compléter au fur et à mesure.


Bien sûr, meuler, poncer, gratter n'est pas des plus agréables choses à faire avec un bateau mais tout ceci fait parti de l'entretien nécessaire d'une machine complexe, comme l'est un voilier. Se prendre de la poussière de fibre de verre toute la journée n'est supportable que si l'esprit s'évade un peu vers les merveilleux moments que va nous offrir ce voilier, avec les beaux jours du printemps et de l'été méditerranéens...


De jolies photos et vidéos en perspective, pour anarmer...

Par olivier - Publié dans : chantier
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Dimanche 8 février 2009
 

L'idéal républicain, aux parfums de liberté, d'égalité et de fraternité, a depuis l'antiquité (et peut être avant cette période) inspiré le rêve de la société idéale.

A la chute de l'ancien régime, les rêveurs ont cru leur moment historique arrivé. Hélas, si les têtes couronnées de nos monarques avaient bel et bien chu, les nouvelles figures des nouveaux propriétaires issus de la bourgeoisie du tiers état, dénaturaient déjà, selon de vieilles et tristes recettes, la nouvelle république.

Les rêveurs se devaient d'inventer et de retrousser leurs manches. C'est à cette période que trois types de rêveurs se sont progressivement scindés en des voies bien différentes.

Comme dans un western spaghetti bien connu, de Sergio Leone, nous avons vu arriver le Bon, la Brute et le Truand.

Le Bon fut ce rêveur qui souhaitait rester au plus près des valeurs libertaires, égalitaires et fraternelles d'une république composée d'hommes et de femmes libres, autonomes, responsables et joyeux, organisée le plus simplement possible pour permettre l'épanouissement de l'individualité et de ses potentiels, si longtemps étouffés par de soi disant dominants, manipulateurs. Les Bons existent encore. Comme le chantait Ferré : «  y en a pas un pour cent, pourtant ils existent... », vous connaissez la chanson...

La Brute fut celui qui voulu imposer à l'injustice de la propriété individuelle, la propriété collective et la collectivisation de la vie de chacun. Ainsi encadrée, l'égalité forcée des individus contraints par de multiples interdits, sous le jugement immédiat de l'organe central (dirigé par les « éclairés », garant des valeurs et veillant à leur stricte application) se propose comme la fin de toutes turpitudes intellectuelles et inventives car l'Organisation Suprême est indépassable... « du passé faisons table rase, l'internationale ... »Vous connaissez la chanson...

Le Truand fut celui qui n'avait pas assez d'idées pour suivre le Bon et pas assez de cran pour adhérer à la violence de la Brute. Le Truand s'est vu amené à chercher des compromis, à sympathiser et à négocier avec l'organisation parlementariste bourgeoise qui se mettait en place au XIXe siècle. Le Truand ménage la chèvre et le chou, s'assoie entre deux chaises « et sa veste craque de tous côtés... » Vous connaissez la chanson...


Vous avez reconnu dans les rôles principaux:

Le Bon : la gauche libertaire et anarchiste

La Brute : les différentes chapelles communistes

Le Truand : le socialisme parlementaire, ex-SFIO, ou actuellement Parti Socialiste.

Par olivier - Publié dans : journal
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