carnet maritime

Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 19:48

Si, en Bretagne, nous parlons de quatre saisons par jour, tant la météo est changeante, en Méditerranée nous avons quatre vents par jour. Dans un article précédent, j'avais évoqué le caractère changeant des vents étésiens de cette année. Durant ce cabotage sur le rivage camargais, je l'ai vérifié in-situ.

La direction était vague, la durée accordée à ce cabotage était fixe, indépassable. Vers l'est, était notre but. Les vents allaient décider du reste.

Les vents marins sont régulièrement de mise cet été. Ces vents ont une fâcheuse tendance à lever la mer, lui offrir une houle courte de 0.5 à 1.5 mètres. Ces vents de secteur sud (SE ou SO) sont assez peu violents mais suffisent à créer une mer cabossée comme un chemin de vigne, où un voilier de peu de longueur à la flottaison comme Valentin brise sa vitesse, péniblement obtenue par force 2/3.

Alors, on s'adapte. On barre à la vague en tentant de gonfler les voiles et le cap se fait tout seul... et on prend ce qui vient pour faire escale. C'est ainsi qu'en choisissant l'est comme direction générale, la Camargue s'est imposée d'elle même.

Faut laisser faire un peu les choses, se laisser guider par les flots, le vent et faire confiance. Il faut rester vigilant, néanmoins, sur la bonne marche du voilier, savoir apprécier la situation météorologique, s'immiscer dans la complicité des éléments et réagir avec son instinct d'humain, découvrir que celui ci ne trahit pas s'il est en harmonie et en intelligence avec son environnement marin. A ce stade, le désagrément d'une route cabossée est vite compensé par la satisfaction d'être, pleinement, à sa place...

 

Le golfe d'Aigues Mortes est réputé pour sa multitude de vents locaux. Nous en avons testé quelques un. Un gros et violent grain orageux a bien failli nous surprendre. Palavas était dans l'étrave, fort heureusement et ce port sans charme fut un bon abri malgré bien des difficultés à pénétrer dans la passe, avec une mer creuse et un vent forcissant contre nous. L'appui du petit 6cv de Valentin fut tout juste suffisant... Les vents hiératiques et fantaisistes du golfe nous ont tout de même permis de jolies découvertes. Le Grau du Roi sera désormais classé, dans ma mémoire, dans ce que compte le golfe du Lion comme escales de charme, avec Collioure, La pointe Courte de Séte. Je reviendrai avec un article dédié, à ce port camargais.

 

Aigues Mortes, bien connue et appréciée, est toute fidèle à elle même. Petit joyau d'histoire, au faux air d'un Saint Malo méditerranéen,très fréquentée l'été, je vous la conseille comme escale de demi saison.

Excellente surprise nautique fut Port Camargue. Ici, pas de vieilles pierres, l'histoire a commencé il y a 40 ans et s'est faite sur les marécages. Ce qui fait toute la particularité de ce port est d'être entièrement tournée vers la mer et le nautisme. Arriver à Port Camargue à la voile est très étonnant. Un trafic incessant, de 7 heures du matin à plus de 22 heures le soir, encombre la passe et l'avant port. Tout ce qui flotte a rendez vous ici, du jet ski à la goélette, en passant par les modèles les plus récents de la voile sportive et d'immenses cabin-cruisers. Impressionnant. L'accueil est remarquable de la part de la capitainerie et commence dés l'avant port, qui, remarquant votre entrée timorée et hésitante, un employé de la capitainerie vous repère et vous guide depuis son zodiac. Celui ci vous amarre votre bateau avec autant d'aisance que de politesse. Je n'avais pas vu ça dans un tel port depuis la Corogne, en Galice. Port Camargue est très boisé, aux habitations basses réparties en îlots où les jardin servent d'appontement aux 4000 bateaux qui trouvent place dans ce port. Malgré cela, tout semble tranquille, à cent lieues de ce que l'on pourrait attendre d'une telle marina, surtout si l'on connait le Port des Minimes de La Rochelle et son ambiance « parking de carrefour »...

Port Camargue est port pilote pour le Languedoc de l'opération Ports Propres. La gestion y est exemplaire. C'est aussi un port, qui dans sa politique économique, privilégie les bateaux actifs plutôt que « les ventouses » qui encombrent nos pontons. Puissent, un jour, nos ports s'inspirer de telles initiatives.

 

Notre limite Est fut Port Gardian, aux Saintes Maries de la Mer. Vieux petit port encombré, où l'on s'amarre sur pendille, système d'amarrage que l'on ne rencontre qu'en Méditerranée. Il s'agit d'une grosse chaîne immergée parallèlement aux pontons (la chaîne mère) d'où partent, à distances égales correspondantes aux emplacements, des chaînes que l'on hisse au niveau de nos taquets, avant ou arrière (les chaînes filles). Taquets faiblards s'abstenir, tant la pression sur ceux ci est forte. L'idéal est de passer le bout permettant de remonter la chaîne fille, par le davier et de frapper à la bite de la plage avant. Quand c'est possible, bien entendu...

Les Saintes Maries sont bien connues pour les pèlerinages gitans. Ceux ci ont lieu au printemps et en automne. L'été, les saintes maries de la mer se transforment en foire à touriste de masse, où des gitans d'opérette caricaturent ce que le touriste vient chercher. Peu d'intérêt...

Je voulais reconnaître ce port car, depuis Agde, les Saintes sont la seule escale entre le golfe d'Aigues Mortes et l'embouchure du Rhône, sur la route menant à Marseille.

 

Nous revînmes d'une traite à Sète. Nous passâmes les ponts après une nuit très agitée par le passage des chalutiers, dans la zone d'accueil pour la plaisance. Mais Sète est si charmante...

 

Quelques heures d'amarrage à la pointe courte et nous traversâmes l'étang de Thau.

 

Fatigués et ravis, avec ce mal de terre qui rend le plancher des vaches anachronique et fiche une mélancolie toute bleue... Bleu comme ce royaume de mer et de vent qui nous a, une fois de plus si chaleureusement accueilli.

Par olivier - Publié dans : carnet maritime
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /Juin /2009 18:41
 

Voilà. C'est fait, Valentin est au grau d'agde.

 

Je prévoyais ce déplacement le weekend dernier mais c'était sans compter sur une tramontane musclée qui a retardé le départ de quatre jours. Ce mercredi, le fenêtre météo était adaptée et nous avons pris la mer, Nolwenn et moi, en amoureux, sur Valentin.

 

De Saint Cyprien à Agde, la route est quasiment plein nord. Tenus de respecter la bande des six milles dans laquelle notre armement nous contraint, j'ai opté pour un cap à 15° avec, à hauteur de Gruissan, une trentaine de degrés dans l'Est pour bifurquer vers Agde en suivant le décrochement que la côte opère à partir du cap Leucate.

 

Je comptais sur un vent de secteur NO pour ce faire. Du genre fin de tramontane, celle ci étant angulée vers les 310°. Nous sommes effectivement partis avec ce type de vent mais très vite, vers Canet/Barcarés, après une triste pétole domptée par un coup de moteur, nous avons touché un vent de secteur NEE virant sur l'Est tout au long de la journée. Du bon plein, bâbord amure prévu nous avons donc, sur les caps prévus, navigué progressivement, du petit largue au portant, tribord amure, avec un vent médium assez constant d'une douzaine de nœuds.

 

La Méditerranée, de son bleu piscine estival, inondée de soleil, mais un peu creusée en fin de nav' (comme à chaque fois que le vent souffle d'Est) nous a dorloté durant ces douze heures de navigation, sous grand voile et génois à 110 %.

 

Valentin (un Sheriff dessiné par Philippe Harlé) est un bateau très marin, bien que manquant un peu de raideur à la toile comme me le laissait supposer son faible tirant d'eau (1m). Il a néanmoins un comportement très sain et s'avère très tolérant. La barre est un peu dure et comme tous les bateaux de cette époque (il est de 1969, comme Horace et moi !), influencés par l'ancienne jauge IOR, son maitre bau est très central et ça « guidonne » pas mal au portant. Ce type de voilier prend toute sa pertinence entre 100 et 60 degrés de vent. A ses allures, c'est délicieux...et rapide, car à dix nœuds de vent, Valentin filait à plus de 6 nœuds. Pour un petit voilier de six mètres, c'est pas mal du tout. D'autant plus que ses voiles ne datent pas d'hier et que nous n'avons pas « tiré dessus », comme on dit....

 

C'est une route sans soucis, par beau temps (avec ce type de voilier, je situe la limite agréable à 20 nœuds de vent) avec juste deux points où il faut être attentif. Au cap Leucate, le vent peut forcir et la mer se creuser d'avantage et, après ce cap, il faut veiller à ne pas perturber le trafic des cargos entrant à Port la Nouvelle (ils sont peu nombreux...). 45 milles de bonheur...

 

Si je prépare mes navigations à l'ancienne, (cartes papier, crayon, régle Cras et compas de relèvement...) j'ai également un gps à bord ainsi qu'un anémomètre à main, très utile. La vhf est allumée en permanence sur le 16 et la sécurité est à poste. Je soigne la préparation du bateau et reste prudent. Ce sont, je pense, les ingrédients d'une bonne navigation et d'un maximum de plaisir.

 

Bien des bateaux naviguent mal préparés et mal équipés avec des équipages nerveux et peu vigilant. Tant pis pour eux, ils se privent de cet immense privilège : être en harmonie avec les éléments et son voilier.

Par olivier - Publié dans : carnet maritime
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